EXPRESSION LIBRE

Marine Le Pen : "Je suis au centre de la vie politique française"



LeJDD.fr poursuit, avec Marine Le Pen, sa série d'entretiens hebdomadaires. La présidente du Front national, avant de se retirer en Bretagne pour les vacances, a commenté l'actualité : l'Afghanistan, la victoire d'Eva Joly à la primaire écologiste, les rumeurs sur Martine Aubry… La candidate à la présidentielle espère rassembler au-delà de son camp et rêve d'une vague frontiste pour 2012 ?



Auriez-vous voté, cette semaine, la prolongation de l'action militaire française en Libye?
Non, bien sûr. Dès le départ, le Front national s'est positionné contre cette guerre en Libye, dans laquelle nous nous enlisons et où le mandat de l'ONU a été largement dépassé. On bombarde des populations civiles, on arme des factions dont on s'apercevra plus tard qu'il s'agit de fondamentalistes musulmans… Tout cela est bien inquiétant pour l'avenir de notre pays et pour son image dans le monde. Nicolas Sarkozy en fait peu de cas, mais une guerre laisse des traces. Elle fait des morts et les opinions publiques arabes regardent avec beaucoup de méfiance cette guerre, dont la motivation est, finalement, d'assassiner Kadhafi.

En Afghanistan, vous êtes donc satisfaite quand Nicolas Sarkozy annonce le retrait des soldats français?
Je note que c'est surtout une décision prise à la suite de Barack Obama, ce qui montre une nouvelle fois son aveuglement à s'aligner systématiquement sur la position des Etats-Unis. Ce n'est pas la voix que doit porter la France dans le monde. Et puis, concrètement, qu'est-ce qui a changé en Afghanistan depuis près de dix ans? Rien. Le nombre de soldats français tués (70 à ce jour, Ndlr), le coût et la longueur de la présence de nos militaires là-bas n'ont servi strictement à rien.

En France, Eva Joly vient d'être désignée candidate d'Europe Ecologie-Les Verts. Vous n'avez pas été très tendre avec elle…
(Elle coupe) On a dit des choses fausses. On a dit 'Marine Le Pen veut interdire qu'elle soit présidente'. Je n'ai jamais dit ça. J'ai dit que je trouvais étonnant, voire choquant, que quelqu'un qui n'est devenu français que très tardivement et qui était il y a encore quelques mois conseiller auprès du gouvernement norvégien, soit candidat à la présidentielle.  Je crois que lorsqu'on aspire à diriger un pays, il faut ne penser qu'à lui, toutes les heures de la journée.

Elle s'est présentée comme "la candidate du sang mêlé" et des "accents". Cela vous gêne ?
Je pense que c'est une incompréhension profonde de ce qu'est la France. La France c'est au contraire l'assimilation. Le fait qu'elle mette en avant ses fautes de syntaxe me paraît ahurissant. Je pense qu'elle a une  vision très gauchiste des choses : Madame Joly conteste volontairement l'identité nationale, l'unité nécessaire de notre pays, l'importance de la langue, l'importance de nos traditions. Elle refuse de se mettre en situation de défense de la culture de la France et se positionne ainsi dans la logique du mouvement qu'elle va représenter à l'élection présidentielle.

Une femme d'extrême gauche qui était tout près de rejoindre le Modem…
Oui, c'est une femme d'extrême gauche opportuniste.

Au PS, on sait que vous auriez aimé affronter Dominique Strauss-Kahn. Maintenant qu'il est hors-jeu, quel est votre candidat "préféré", Martine Aubry ou François Hollande?
Martine Aubry a été au pouvoir. Elle a pu démontrer quels étaient ses choix. Elle a donc un passif dont on va être amené à discuter pendant la campagne, alors que François Hollande, qui n'a jamais été ministre, peut toujours faire croire qu'il aurait fait autrement. Je trouve donc plus intéressant, sur le plan de la transparence, du symbole, que ce soit Martine Aubry qui soit candidate. Elle m'apparaît très représentative de ce Parti socialiste préhistorique sans imagination qui tente de recycler des vieilles méthodes en inadéquation totale avec les problématiques d'aujourd'hui.

On constate dans les derniers sondages parus, un tassement des intentions de votre à votre égard. Comment l'analysez-vous?
 Ce que je regarde dans les sondages, c'est la tendance. Et j'observe une consolidation à un niveau extrêmement haut de ma candidature à huit mois de la présidentielle. En outre,  je sais l'importance d'une campagne sur les résultats. Or, aujourd'hui, il n'y a pas encore de candidat au PS, pas de candidat à l'UMP. C'est difficile de mener une compétition sans compétiteur. Je suis impatiente de connaître mes adversaires politiques.

Vous êtes en campagne depuis un an. Vous n'avez pas peur de lasser?
Non, le Front national est toujours parti en campagne bien avant les autres. Nous avons une très grande expérience de ces longues campagnes. Je pense aussi que le niveau d'intérêt suscité par un candidat dépend aussi de sa visibilité médiatique. Plus l'ouverture médiatique sera forte, plus les gens pourront m'entendre et plus les études d'opinion s'en ressentiront. Je suis donc plutôt optimiste et je crois que ce sont mes adversaires qui sont inquiets de la perspective d'une longue campagne. Je crois d'ailleurs savoir que le président de la République souhaite partir en campagne le plus tard possible.

On annonce une campagne très "trash", une campagne de "boules puantes". Pensez-vous qu'elle sera si dure qu'on le dit?
Je crois qu'elle sera très dure car les services du président de la République le veulent ainsi. Le président de la République a fait un choix qui est de brouiller, par tous les moyens, l'image de ses adversaires politiques pour tenter d'apparaître entouré de lin blanc, père de famille responsable, assagi. Je crois que nous avons tous des éléments très précis, que ce soit Madame Aubry, Monsieur Borloo ou moi-même sur ce qui se trame au niveau de certains services... Pour moi, cela ne fait pas une grande différence, car nous avons toujours été victimes d'attaques très brutales et violentes. Je suis probablement celle qui est le plus habituée à ce type de méthodes.

Vous comprenez l'attitude de Martine Aubry vis-à-vis des rumeurs ?
Je pense que ceux qui les ont lancées espéraient qu'elle rebondisse dessus et je ne suis pas sûre qu'elle ait bien fait d'y répondre et de donner, ainsi, une visibilité à cette tentative de déstabilisation.

Le Front national est totalement étranger à ces rumeurs?
On a stigmatisé l'extrême droite, mais je ne suis pas l'extrême droite! On me colle toute une série de blogs que je ne maîtrise pas. Le Front national n'a jamais été le vecteur de rumeurs à l'égard de Madame Aubry.

Vous dites qu'aujourd'hui la fracture politique ne se fait plus entre droite et gauche mais entre "mondialistes" et "patriotes". Vous seriez donc prête à discuter avec Nicolas Dupont-Aignan, Christine Boutin ou Arnaud Montebourg?
Plus il y aura de gens qui passeront la barrière pour venir lutter contre la mondialisation - ou plutôt le mondialisme - qui m'apparaît comme un élément essentiel de destruction de notre identité, de notre sécurité, de notre économie, plus je m'en réjouirais. Mon objectif est de rassembler autour de ma candidature tous ceux qui ont pris conscience que la disparition de la Nation sera un drame pour le peuple et que l'avancée du mondialisme nous mène vers le chaos.

Est-ce que vous vous pouvez séduire une catégorie d'électeurs que ne parvenait pas à toucher votre père?
Je l'espère évidemment. Si je partais dans une campagne présidentielle en pensant que l'on a atteint le plafond de verre, ce ne serait pas très ambitieux de ma part. Je pense que la sensibilité que j'incarne, qui a été la plus-value de ma candidature, peut parler à des électeurs qui, spontanément, ne s'intéressent pas au Front national. Ma candidature peut parler à tous ceux qui entendent la sensibilité sociale qui est la mienne. Le changement de direction, par la nouveauté qu'elle représente, a suscité une nouvelle écoute et suscite de grandes possibilités pour convaincre de nouvelles catégories d'électeurs. Je pense aux fonctionnaires, notamment. Il y a une vague bien réelle. Et on ne sait jamais quelle puissance aura la vague quand elle arrivera sur le rivage.

Il y a des artistes, notamment dans le rap, qui vous stigmatisent dans leurs chansons. Cela vous touche?
Je suis complètement imperméable à ce genre de choses. C'est l'hommage du vice à la vertu. J'incarne une politique, j'incarne des idées. Que je sois prise pour cible par des personnes qui sont en contradiction radicale avec des projets que je porte, c'est plutôt un hommage. Cela prouve que je suis au centre de la vie politique française.
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17/07/2011
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